Fonds Bpifrance Défense : placer son épargne dans l’armement, bonne ou mauvaise idée ?

Deux mille milliards d’euros. C’est ce que les ménages français ont placé dans leurs contrats d’assurance vie. L’État y voit un réservoir à mobiliser pour financer le réarmement du pays. En octobre 2025, Bpifrance a lancé son fonds Défense, accessible dès 500 euros, avec un objectif de collecte de 450 millions d’euros. Résultat, quelques mois après : moins de 100 millions levés. Les Français ne se ruent pas. Ce décalage entre l’ambition politique et la réalité de l’épargne privée révèle quelque chose de plus profond qu’une simple prudence financière. Il dit aussi, en creux, ce que beaucoup de citoyens veulent vraiment financer quand on leur laisse le choix.

Ce qu’est vraiment le fonds Bpifrance Défense

Le fonds Bpifrance Défense est un fonds de private equity, c’est-à-dire un investissement dans des entreprises non cotées. Cinquième fonds de la gamme « Bpifrance Entreprises » à destination des particuliers, il investira dans plus de 500 sociétés non cotées françaises et européennes via des co-investissements dans des PME et ETI de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD), le Fonds Innovation Défense et d’autres fonds spécialisés.

Le fonds vise à collecter 450 millions d’euros avec un objectif de rendement annuel net de 5% et une durée de vie de 20 ans. Les particuliers y accèdent via leur contrat d’assurance vie ou leur PER à gestion pilotée, avec un ticket d’entrée de 500 euros.

Un profil de risque qu’il faut regarder en face

Ce placement n’est pas sans contraintes. La somme investie est bloquée pendant 5 ans minimum, avec des pénalités en cas de retrait anticipé. Il n’est pas associé à une fiscalité avantageuse spécifique et il existe un risque de perte en capital. Sur l’échelle de risque réglementaire, il est classé 6 sur 7, soit un niveau élevé. Les frais de gestion atteignent 2,80%, ce qui place le fonds dans la moyenne haute des frais, sans pour autant viser les rendements les plus ambitieux.

Les fonds d’investissement traditionnels sont de plus en plus réticents à financer le secteur de la défense en raison des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), créant un risque de sous-financement qui menace la souveraineté industrielle. Le fonds Bpifrance Défense vise à pallier cette défaillance de marché. L’argument a une logique économique réelle.

Pourquoi les Français hésitent à investir dans ce fonds ?

La frilosité des épargnants ne reflète pas une ignorance. Elle traduit une position cohérente que les chiffres documentent.

Selon un sondage Ifop pour La France Mutualiste, 70% des Français classent le financement de la défense parmi les urgences budgétaires du pays. Mais lorsqu’il s’agit de mettre à contribution leur propre épargne, l’opinion publique change de discours : seuls 24% des sondés se disent prêts à engager leur épargne dans le secteur de la défense, en contrepartie d’un rendement attractif. L’utilisation de l’assurance vie pour financer l’industrie de la défense partage également l’opinion : 42% des sondés y sont favorables, 45% s’y opposent.

Les réticents invoquent principalement des raisons politiques, éthiques ou morales. Ce n’est pas de l’antimilitarisme. C’est souvent une distinction entre soutenir collectivement la défense nationale via l’impôt, ce que les Français acceptent, et y consacrer leur épargne personnelle, ce qu’ils perçoivent comme un choix différent.

Outre les motivations éthiques, les Français privilégient les placements jugés sécurisés. Même si le secteur de la défense est soutenu par des commandes militaires stables, il reste peu attractif pour la majorité des particuliers. La combinaison d’un capital bloqué cinq ans, d’un risque de perte élevé et d’une dimension symbolique forte crée une barrière que les arguments de rendement ne suffisent pas à lever.

Ce que ce fonds finance concrètement

Il est utile de préciser ce que recouvre réellement la notion de « défense » dans le portefeuille de Bpifrance. Le fonds Bpifrance Défense a pour mission de financer des entreprises non cotées du secteur de la défense, mais également des PME, ETI et startups qui développent des activités dans la recherche, l’innovation et les filières stratégiques telles que la cybersécurité, les drones, les communications sécurisées et les nouvelles mobilités. Une partie du portefeuille vise donc des technologies duales, civiles et militaires. Cela ne déplace pas les objections éthiques, mais nuance le périmètre.

Souveraineté : un mot, plusieurs chemins

Le débat autour du fonds Défense a au moins un mérite : il a remis la question de la souveraineté au centre de la conversation sur l’épargne. Les Français qui refusent de financer l’armement ne disent pas nécessairement qu’ils se désintéressent du destin économique de leur pays. Ils disent, pour beaucoup, qu’ils veulent financer autre chose.

La souveraineté d’une nation ne tient pas seulement à ses capacités militaires. Elle tient aussi à sa capacité à nourrir sa population, à produire son énergie, à maintenir une industrie agricole compétitive sur son territoire. Sur ce terrain, les besoins de financement sont massifs et les opportunités concrètes.

L’agriculture française, angle mort du débat sur la souveraineté

La France compte aujourd’hui moins de 400 000 exploitations agricoles, un chiffre en recul constant depuis trente ans. Un quart des agriculteurs avaient plus de 60 ans en 2020 (Agreste). Le renouvellement des générations est structurellement insuffisant, et l’accès au financement reste un frein majeur pour les jeunes qui s’installent ou pour ceux qui veulent amorcer une transition agroécologique.

C’est précisément là que le financement participatif a commencé à créer des faits. MiiMOSA, première plateforme européenne de financement participatif dédiée à l’agriculture, l’alimentation et aux énergies renouvelables, a financé plus de 8 000 projets en France et en Belgique, mobilisant une communauté de 500 000 membres.

Grâce à cette dynamique, 4% des surfaces agricoles en France bénéficient désormais du soutien de MiiMOSA, représentant 353 000 hectares de terres cultivées préservées. La plateforme a également soutenu la production énergétique pour 14 000 foyers via l’agrivoltaïsme et la méthanisation agricole.

MiiMOSA revendique avoir investi 200 millions d’euros dans 8 000 projets régénératifs et pérennisé 250 000 emplois grâce à sa communauté. Des emplois non délocalisables, ancrés dans les territoires, qui participent directement à la résilience alimentaire du pays.

Investir dans l’économie réelle : ce que MiiMOSA permet concrètement

Le modèle de MiiMOSA repose sur deux mécanismes complémentaires. Le don avec contrepartie permet de soutenir un éleveur, un maraîcher ou un producteur en échange de produits issus de son exploitation. Le prêt participatif rémunéré permet d’investir dès 100 euros dans des projets identifiés, avec un suivi direct de l’impact de son argent.

MiiMOSA est agréée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) en tant que Prestataire Européen de Services de Financement Participatif sous le numéro FP-2024-5. Ce cadre réglementaire offre aux épargnants des garanties sur la sélection des projets et la gestion des fonds.

La plateforme finance des projets selon onze finalités, parmi lesquelles la sécurité et la souveraineté alimentaire, la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, la production d’énergies renouvelables et la cohésion territoriale. Un épargnant qui place 500 euros sur un projet de méthanisation agricole en Bretagne sait exactement où va son argent, qui le reçoit, et quel impact il génère.

C’est une forme de souveraineté différente de celle que propose le fonds Bpifrance Défense. Pas moins légitime mais peut-être plus tangible pour beaucoup.

Ce que les deux approches ont en commun

Il serait réducteur d’opposer les deux démarches. Financer des PME de défense et financer des exploitations agricoles en transition participent d’une même logique : réinjecter de l’épargne privée dans l’économie productive française, plutôt que de la laisser stagner sur des fonds euros peu rémunérateurs.

Les quatre fonds existants de la gamme Bpifrance Entreprises ont déjà attiré 350 millions d’euros auprès de 22 000 épargnants et permis de financer environ 2 000 sociétés en France et en Europe. La preuve que les Français sont prêts à sortir des chemins balisés quand le sens et les modalités leur conviennent.

La vraie question n’est donc pas « défense ou agriculture ? » mais « où ai-je envie que mon épargne travaille, et quel niveau de risque suis-je prêt à assumer ? »


FAQ — Épargne, défense et souveraineté : les questions clés

Le fonds Bpifrance Défense est-il adapté à tous les profils d’épargnants ?

Non. Ce fonds s’adresse à des épargnants disposant d’un horizon de placement long (20 ans de durée de vie du fonds, blocage minimum 5 ans), d’une tolérance au risque élevée (niveau 6/7 sur l’échelle réglementaire) et d’une conviction patrimoniale sur le secteur de la défense. Il ne convient pas aux profils prudents ni à ceux qui ont besoin de liquidités à court terme.

Suis-je obligé d’investir dans l’armement pour soutenir la souveraineté française ?

Non. La souveraineté économique passe aussi par l’agriculture, l’énergie, l’industrie alimentaire et les filières technologiques civiles. Des outils comme le financement participatif agricole permettent de soutenir concrètement des projets à impact sur le territoire français, sans exposition au secteur de l’armement.

Comment fonctionne le prêt participatif sur MiiMOSA ?

Le mécanisme est celui du prêt rémunéré. L’investisseur choisit un projet parmi ceux sélectionnés par les équipes de la plateforme et investit à partir de 100 euros. Il perçoit des remboursements en capital et des intérêts selon les modalités du projet. MiiMOSA est agréée par l’AMF sous le statut de Prestataire Européen de Services de Financement Participatif.

Quels rendements peut-on attendre sur MiiMOSA par rapport au fonds Défense ?

Le fonds Bpifrance Défense cible un rendement annuel net non garanti de 5%. Sur MiiMOSA, le TRI net de risque du portefeuille global s’établit autour de 4,16% selon les données de la plateforme, avec des projets pouvant offrir jusqu’à 10% sur certaines catégories. Les deux approches comportent un risque de perte en capital.

Peut-on cumuler les deux types d’investissements ?

Oui, ces placements ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. Une stratégie de diversification peut très bien inclure une part dans le fonds Bpifrance Défense pour ceux qui y adhèrent, et une part dans des projets agricoles via MiiMOSA pour ceux qui souhaitent un impact territorial direct. L’essentiel est d’adapter les montants à son profil de risque et à son horizon de placement.


Conclusion

Le lancement du fonds Bpifrance Défense a eu le mérite de poser une question que l’on évitait : comment l’épargne des ménages peut-elle participer aux grands enjeux de souveraineté nationale ? La réponse des Français, prudente et nuancée, montre qu’ils ne refusent pas de s’engager financièrement pour leur pays. Ils veulent simplement choisir dans quoi ils s’engagent.

Pour ceux qui préfèrent ancrer leur épargne dans l’économie réelle, les projets agricoles et alimentaires représentent une alternative cohérente, réglementée et mesurable. Investir dans un éleveur qui s’installe en Normandie, dans une coopérative céréalière qui amorce sa transition, ou dans un projet de méthanisation agricole en Occitanie, c’est aussi construire la souveraineté de demain.

Vous souhaitez donner du sens à votre épargne en finançant l’agriculture et la transition alimentaire française ? Découvrez les projets en cours de financement sur MiiMOSA et rejoignez une communauté de 500 000 investisseurs engagés pour la souveraineté alimentaire.