Gaspillage alimentaire : pourquoi le 29 septembre change de regard sur nos assiettes ?

Un tiers de la nourriture produite dans le monde n’atteint jamais nos assiettes. Ce chiffre, rappelé chaque 29 septembre à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaires, coexiste avec une réalité française bien documentée : en 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été générées sur le territoire national, soit 142 kg par habitant et par an, d’après les données du ministère de la Transition écologique. Face à ce bilan, une mobilisation collective s’organise. Et si le défi 0 déchet, qui accompagne cet événement annuel, était aussi l’occasion de comprendre que le gaspillage alimentaire commence bien avant le frigo ?

Ce que cachent les pertes alimentaires : de la récolte à la table

La distinction que peu de gens font

On confond souvent « pertes alimentaires » et « gaspillage alimentaire », mais ces deux réalités ne se produisent pas au même endroit de la chaîne.

Les pertes alimentaires désignent les denrées qui disparaissent entre la production et la distribution : à la ferme, lors du stockage, du transport ou de la transformation. Les gaspillages alimentaires, eux, surviennent en bout de chaîne : dans les commerces, les restaurants et les ménages.

Cette distinction est loin d’être anecdotique. Selon l’ADEME, la production agricole représente 26 % des pertes de produits comestibles en France, la transformation 17 %, la restauration 14 % et la distribution 8 %. Les ménages, avec 35 %, arrivent en tête des gaspilleurs, mais l’amont agricole pèse bien plus lourd qu’on ne l’imagine.

Ce que perdent les agriculteurs

Pour un producteur de fruits et légumes, les pertes à la récolte ne sont pas une abstraction. Un calibre hors norme, une tache sur la peau d’une pomme, un excès de production par rapport aux commandes des centrales d’achat : autant de motifs qui conduisent à laisser une partie de la récolte au sol ou à la détruire.

D’après une étude de l’ADEME publiée en 2021, des expérimentations auprès de producteurs de fruits et légumes ont permis de mesurer l’ampleur de ces pertes « invisibles ». Elles interviennent souvent avant même que le produit entre dans les circuits commerciaux, échappant ainsi aux statistiques habituelles du gaspillage.

Le coût de ce gaspillage amont est double : économique pour l’agriculteur, qui a engagé du travail, de l’eau et des intrants pour rien ; environnemental, puisque toutes les ressources mobilisées pour produire ces aliments sont gaspillées sans aucune valorisation.

Le 29 septembre : une journée pour comprendre le système, pas juste pour culpabiliser le consommateur

Pourquoi l’ONU a-t-elle créé cette journée ?

En 2019, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 74/209 pour proclamer le 29 septembre Journée internationale de la sensibilisation aux pertes et gaspillages alimentaires. La FAO et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en assurent le pilotage.

L’objectif affiché est directement lié aux Objectifs de développement durable (ODD) : la cible 12.3 fixe une réduction de moitié des gaspillages alimentaires à l’échelle mondiale d’ici 2030. Le paradoxe que la journée cherche à mettre en lumière est simple : plus de 730 millions de personnes sont chroniquement sous-alimentées dans le monde, pendant que des milliards de tonnes de nourriture finissent à la poubelle.

Les chiffres qui doivent faire réfléchir

Quelques ordres de grandeur pour saisir l’enjeu en France :

  • 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires produits en 2023 (ministère de la Transition écologique, 2023)
  • 100 euros par habitant et par an : le coût direct du gaspillage pour un foyer français, soit 4 % du budget alimentaire moyen (Académie d’agriculture de France, 2026)
  • 3 % des émissions nationales de CO2 : l’empreinte carbone du gaspillage alimentaire en France (ADEME)
  • 28 % des terres agricoles mondiales servent à produire des aliments qui ne seront jamais consommés (Nations Unies)

Ces chiffres éclairent sous un autre angle les difficultés économiques des agriculteurs. Quand les pertes à la production sont massives, ce sont aussi des revenus qui s’évaporent pour des exploitations déjà sous pression.

Le défi 0 déchet alimentaire : sept jours pour changer ses habitudes

Ce que le défi demande vraiment

Le défi 0 déchet alimentaire, souvent associé à la Semaine européenne de la réduction des déchets qui se tient chaque automne, invite les participants à tenir pendant une période donnée sans générer de gaspillage alimentaire. Le principe n’est pas de viser la perfection, mais de prendre conscience de ses habitudes et d’en adopter de nouvelles.

Concrètement, cela passe par une série de gestes accessibles :

  • Planifier ses repas avant d’aller faire ses courses, pour n’acheter que ce qui sera consommé
  • Comprendre les dates : la date limite de consommation (DLC, mention « à consommer jusqu’au ») est impérative pour les produits périssables, mais la date de durabilité minimale (DDM, « à consommer de préférence avant ») n’indique pas que l’aliment est dangereux après cette date
  • Cuisiner les restes : soupes, gratins, cakes salés permettent de valoriser ce qui reste en fin de semaine
  • Congeler intelligemment : pain, viande, plats cuisinés maison se congèlent sans difficulté
  • Adopter le « premier entré, premier sorti » dans le réfrigérateur pour éviter les oublis au fond

Une expérimentation de l’ADEME menée auprès de 243 foyers en 2019 a montré que ces gestes, pratiqués pendant trois mois, permettaient de réduire le gaspillage de 59 % : les foyers passaient de 25,5 kg à 10,4 kg gaspillés par personne et par an. Et trois mois après la fin de l’opération, les participants continuaient d’appliquer les bonnes pratiques.

L’erreur classique : penser que le gaspillage, c’est toujours l’autre

La restauration représente 14 % des pertes en France, la grande distribution 8 %. Mais les ménages concentrent à eux seuls 35 % du gaspillage de produits comestibles (ADEME). Autrement dit, chaque foyer est un levier de réduction réel, pas un acteur marginal.

La principale cause ? L’achat en excès, suivi de près par la mauvaise gestion des produits en cours de vie. Les fruits et légumes sont les premiers gaspillés, devant la viande et le pain.

Pourquoi investir dans une agriculture qui gaspille moins ?

La connexion entre systèmes agricoles et gaspillage amont

Réduire le gaspillage alimentaire ne passe pas uniquement par les gestes du quotidien. Une part importante des pertes se joue en amont, au niveau des systèmes de production, de stockage et de commercialisation.

Les agriculteurs qui investissent dans des équipements de conditionnement à la ferme, des chambres froides modernes, des circuits courts qui contournent les cahiers des charges esthétiques de la grande distribution : ces choix réduisent directement les pertes agricoles. Ils demandent pourtant des investissements que les exploitations ne peuvent pas toujours financer seules.

C’est là que le financement participatif joue un rôle concret. Sur MiiMOSA, des porteurs de projets agricoles financent chaque année des investissements qui contribuent directement à réduire les pertes alimentaires à la source : diversification des débouchés, circuits courts, équipements de conservation, projets de valorisation des « légumes moches ». Soutenir ces projets, c’est agir sur la partie du gaspillage que les gestes individuels ne peuvent pas atteindre.

Le cadre réglementaire pousse dans ce sens

La France dispose d’un arsenal législatif parmi les plus avancés d’Europe. La loi Garot de 2016 a interdit aux grandes surfaces de détruire leurs invendus alimentaires. La loi AGEC de 2020 a créé un label national « anti-gaspillage alimentaire » et fixé des objectifs chiffrés : moins 50 % de gaspillage dans la distribution et la restauration collective d’ici 2025, moins 50 % dans les ménages et l’industrie d’ici 2030.

Au niveau européen, le Conseil et le Parlement européens se sont accordés en 2025 sur une directive révisée fixant une réduction de 10 % des déchets alimentaires dans la transformation et de 30 % dans la distribution, la restauration et les ménages.

Ces objectifs créent un cadre favorable aux investissements anti-gaspi dans toute la filière.


FAQ — Pertes et gaspillages alimentaires : questions fréquentes

Quelle est la différence entre perte alimentaire et gaspillage alimentaire ?

Les pertes alimentaires se produisent en amont de la chaîne, entre la récolte et la distribution : à la ferme, pendant le transport ou la transformation. Le gaspillage alimentaire, lui, survient en fin de chaîne, chez les distributeurs, les restaurateurs et les consommateurs. La FAO et l’ONU distinguent ces deux notions car elles appellent des solutions différentes : logistique et équipements agricoles pour les pertes, comportements et sensibilisation pour le gaspillage.

Pourquoi le 29 septembre est-il dédié à la sensibilisation aux pertes alimentaires ?

Le 29 septembre a été proclamé Journée internationale de la sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2019 (résolution 74/209). La date vise à ancrer dans l’agenda annuel un moment de mobilisation collective, à l’approche de la Semaine européenne de la réduction des déchets, pour accélérer l’atteinte de la cible ODD 12.3 : réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial d’ici 2030.

Combien gaspille-t-on en France par habitant ?

En 2023, la France a produit 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires, soit 142 kg par habitant et par an (ministère de la Transition écologique). Parmi ces déchets, une partie significative reste comestible. Le coût direct pour un ménage est estimé à environ 100 euros par personne et par an, selon l’Académie d’agriculture de France (2026).

Le défi 0 déchet alimentaire est-il efficace ?

Oui, à condition d’être accompagné. L’expérimentation menée par l’ADEME auprès de 243 foyers en 2019 a montré une réduction de 59 % du gaspillage après trois mois de pratiques anti-gaspi. Les participants passaient de 25,5 kg à 10,4 kg gaspillés par personne et par an, avec des résultats qui se maintenaient après la fin de l’opération.

Comment les agriculteurs sont-ils concernés par le gaspillage alimentaire ?

Les pertes à la production représentent 26 % des pertes de produits comestibles en France (ADEME). Elles résultent principalement des normes esthétiques imposées par la grande distribution, des aléas climatiques et des insuffisances logistiques (stockage, conditionnement). Ces pertes pèsent directement sur les revenus des exploitations.

Peut-on investir pour lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Oui. Le financement participatif permet de soutenir des projets agricoles et alimentaires qui agissent concrètement sur les pertes en amont : circuits courts, équipements de conservation, valorisation des invendus. Sur MiiMOSA, certains projets financent précisément ces investissements, avec un rendement pour l’investisseur et un impact mesurable sur la chaîne alimentaire.


Pour conclure

Le 29 septembre ne demande pas de changer de vie du jour au lendemain. Il invite à regarder autrement ce qui se passe entre le champ et l’assiette, et à comprendre que les 9,7 millions de tonnes gaspillées chaque année en France ne sont pas une fatalité. Le défi 0 déchet, que vous pouvez commencer à préparer dès maintenant, est un point d’entrée accessible. Mais la réduction du gaspillage alimentaire passe aussi par des choix collectifs : soutenir des agriculteurs qui investissent dans de meilleures filières, financer des projets alimentaires qui court-circuitent le gâchis.

Vous souhaitez agir à la racine du problème et soutenir des projets agricoles qui réduisent les pertes alimentaires ? Découvrez les projets en cours de financement sur MiiMOSA et rejoignez les investisseurs qui font le choix d’une agriculture qui gaspille moins.