Romain Aubugeau
Financement participatif agricole : l’exemple normand
À Cambremer, dans le Calvados, une même ferme a connu deux campagnes de financement participatif en l’espace d’un an. Antoine Marois, producteur de cidre, a mobilisé les obligations foncières d’Hectarea pour sécuriser 15 hectares de vergers. Son fils Paul, 15 ans, a lancé sur MiiMOSA une collecte en don pour créer la première huilerie du Pays d’Auge. Deux mécanismes, deux plateformes, une même ferme : cette histoire donne un aperçu concret de ce que recouvre aujourd’hui le financement participatif agricole en France, entre investissement rémunéré et don citoyen.
Le financement participatif agricole, deux logiques complémentaires
Le financement participatif agricole regroupe plusieurs façons pour des particuliers de financer directement un projet agricole, avec ou sans retour financier. Selon le mécanisme choisi, le citoyen devient créancier, bailleur ou simple donateur d’un porteur de projet qu’il choisit lui-même, sans passer par un établissement bancaire classique.
Le don avec contrepartie
Sur une plateforme comme MiiMOSA, le don avec contrepartie permet à un contributeur de verser une somme libre, généralement en échange de produits de la ferme, d’une visite ou d’une expérience sur place. Il n’y a pas de rendement financier : le geste relève du soutien direct à un porteur de projet et à son territoire.
Le prêt rémunéré et l’investissement obligataire
À l’inverse, un prêt rémunéré ou un investissement obligataire donne droit à une rémunération. Sur MiiMOSA, le prêt rémunéré consiste à financer directement un exploitant ou une entreprise agricole, qui rembourse ensuite le capital et les intérêts selon un échéancier fixé au lancement de la collecte, avec un taux d’intérêt propre à chaque projet. Chez Hectarea, la logique est un peu différente : ce mécanisme prend la forme d’une émission obligataire encadrée par l’Autorité des marchés financiers (AMF), où les particuliers financent l’achat d’une parcelle agricole et perçoivent en retour des loyers (le fermage versé par l’exploitant) ainsi qu’une exposition à la valorisation du foncier dans le temps. Une hypothèque notariée sécurise la propriété de la terre au profit des investisseurs. Dans les deux cas, l’argent des citoyens finance un besoin précis de l’exploitation, avec un objectif de rendement pour l’épargnant.
Cambremer, une ferme, deux générations, deux collectes
Antoine Marois, une AOP cidre bio construite en huit ans
Antoine Marois est revenu s’installer sur ses terres natales du Pays d’Auge après une première carrière dans le vin. En huit ans, il a bâti une exploitation certifiée biologique, spécialisée dans des cidres à fermentation indigène et reconnue par l’AOP Pays d’Auge, jusqu’au Calvados et au vinaigre de cidre. Ses vergers sont plantés en hautes tiges et pâturés par les vaches d’un éleveur voisin hors période de récolte, une pratique qui favorise à la fois la pollinisation et la résilience des rendements.
Pour sécuriser durablement le foncier attenant à sa ferme, Antoine Marois s’est appuyé sur Hectarea. La collecte visait l’acquisition de 15 hectares et 42 ares de vergers à Cambremer, pour un objectif de 176 400 euros, avec mise à disposition de la terre via un bail rural. La rentabilité annuelle ciblée s’établissait à 4,9 %, combinant environ 2,2 % de loyers versés chaque année et une appréciation historique du prix de la terre agricole d’environ 4 % par an en France sur la dernière décennie, sur un horizon de détention visé de dix ans.
Paul Marois, 15 ans, et la première huilerie du Pays d’Auge
Paul Marois a commencé à presser de l’huile de noix à 13 ans, pour se faire un peu d’argent de poche. Formé en partie par un producteur spécialisé de Corrèze, il a transformé cette passion en projet d’entreprise : créer l’Huilerie du Pays d’Auge, la première du secteur, les anciens moulins à huile de la région ayant disparu. L’ambition dépasse la noix : noisette, colza, tournesol, cameline, chanvre et lin pourront aussi être transformés, avec une priorité donnée aux approvisionnements biologiques de la ferme familiale et d’agriculteurs voisins.
Le projet s’appuie également sur un partenariat avec l’ESAT Les Conquérants, à Falaise, qui emploie 130 salariés en situation de handicap et qui assurera le tri manuel des cerneaux, une étape peu mécanisable de la production. Sur MiiMOSA, la collecte en don avec contrepartie portée par Paul, avec le soutien officiel de son père Antoine (Paul n’ayant pas encore l’âge légal pour porter seul une activité), a réuni 10 669 euros auprès de 80 contributeurs, financée le 8 décembre 2025. Les fonds doivent permettre l’achat d’une presse française ECOLEA, l’équipement d’un atelier complet (cuves inox, filtration, embouteilleuse) et la plantation d’un hectare de noyers biologiques supplémentaires. La France reste par ailleurs le premier producteur européen de noix, avec environ 27 700 tonnes récoltées en 2024 selon les données de la filière, un contexte qui donne du poids à l’ambition de structurer une transformation locale dans le Pays d’Auge.
La synergie Hectarea x MiiMOSA, un écosystème citoyen au service d’une agriculture durable
Ce que montre l’exemple de la ferme Marois, c’est la complémentarité de deux mécanismes de financement participatif rarement mobilisés côte à côte sur un même projet familial. L’investissement obligataire d’Hectarea a sécurisé le foncier sur le temps long, un actif rare et coûteux à acquérir pour un exploitant seul. Le don MiiMOSA, lui, a financé l’outil de transformation qui permet à la génération suivante de créer de la valeur ajoutée directement sur la ferme plutôt que de vendre des matières premières brutes.
Cette articulation illustre un mouvement plus large. Selon le baromètre du financement participatif publié par Financement Participatif France, les plateformes ont collecté 1,763 milliard d’euros en France en 2025, en hausse de 1,8 % après deux années de repli. MiiMOSA, plateforme agréée par l’AMF dédiée à l’agriculture, à l’alimentation durable et à la transition énergétique, revendique plus de 8 000 projets financés depuis 2014 et une communauté de près de 500 000 membres. Cette échelle permet à des projets aussi différents qu’un rachat de foncier obligataire et une petite huilerie familiale de trouver, sur des plateformes distinctes mais complémentaires, des citoyens prêts à les financer.
Comment soutenir à votre tour une agriculture durable ?
Un particulier peut intervenir à différents niveaux de ce type de projet. Le don avec contrepartie, accessible dès quelques euros, reste la porte d’entrée la plus directe pour soutenir un porteur de projet comme Paul Marois et recevoir en retour des produits de la ferme. Le prêt rémunéré permet d’aller plus loin en finançant des investissements plus structurants, avec un objectif de rendement pour l’épargnant :
- Don avec contrepartie : montant libre, sans rendement financier, en échange de produits ou d’une expérience sur l’exploitation.
- Prêt rémunéré : investissement accessible dès 100 euros sur MiiMOSA, avec un taux d’intérêt propre à chaque projet.
- Investissement obligataire foncier (type Hectarea) : exposition combinée aux loyers agricoles et à la valorisation de la terre, sur un horizon long.
Comme tout investissement, le prêt rémunéré et l’investissement obligataire comportent un risque de perte en capital et d’illiquidité pendant la durée de détention. Ces mécanismes, régulés par l’AMF, invitent à diversifier son épargne et à ne mobiliser que des sommes dont on n’a pas besoin à court terme.
FAQ, financement participatif agricole
Qu’est-ce que le financement participatif agricole ?
Le financement participatif agricole désigne l’ensemble des mécanismes permettant à des particuliers de financer directement un projet lié à la terre, à l’exploitation ou à la transformation agricole, via une plateforme en ligne. Il peut prendre la forme d’un don, d’un prêt rémunéré ou d’un investissement obligataire, selon le porteur de projet et la plateforme choisie.
Quelle différence entre un don avec contrepartie et un prêt rémunéré ?
Le don avec contrepartie n’offre pas de rendement financier : le contributeur reçoit généralement des produits ou une expérience en remerciement de son soutien. Le prêt rémunéré donne droit à des intérêts, versés selon un échéancier défini par le porteur de projet, en contrepartie d’un risque de perte en capital.
Comment fonctionne l’investissement obligataire foncier proposé par des plateformes comme Hectarea ?
Ce mécanisme repose sur une émission obligataire encadrée par l’AMF : les investisseurs financent l’achat d’une parcelle agricole, mise à disposition d’un exploitant via un bail rural. Ils perçoivent en retour les loyers versés par l’exploitant, ainsi qu’une exposition à l’évolution du prix de la terre, une hypothèque notariée sécurisant la propriété du foncier.
Quels sont les risques du financement participatif agricole ?
Le don ne comporte pas de risque financier au sens strict, hormis celui que le projet n’aboutisse pas. Le prêt rémunéré et l’investissement obligataire, eux, exposent à un risque de perte en capital et d’illiquidité pendant la durée de détention, ce qui justifie de diversifier ses placements et de ne pas concentrer son épargne sur un seul projet.
À partir de quel montant peut-on investir en prêt rémunéré sur MiiMOSA ?
Sur MiiMOSA, un premier investissement en prêt rémunéré est accessible dès 100 euros. Chaque projet affiche son propre taux d’intérêt cible et son échéancier de remboursement, définis par le porteur de projet et présentés avant toute souscription.
Comment Hectarea et MiiMOSA se complètent-elles sur un même projet agricole ?
Sur la ferme d’Antoine et Paul Marois, à Cambremer, Hectarea a financé l’acquisition du foncier via une émission obligataire, tandis que MiiMOSA a financé, via un don avec contrepartie, l’outil de transformation nécessaire à un nouveau projet familial. Les deux plateformes interviennent ainsi à des étapes différentes du développement d’une même exploitation, avec des logiques de financement distinctes.
Le foncier sécurisé pour les cidres d’Antoine, l’huilerie que Paul est en train de construire : deux collectes, deux mécanismes, mais un même constat. Sur une même exploitation, le financement participatif agricole peut aujourd’hui combiner l’investissement rémunéré et le don citoyen pour accompagner une agriculture familiale et durable sur la durée. Vous souhaitez soutenir à votre tour des porteurs de projets comme Antoine et Paul Marois ? Découvrez les projets en cours de financement sur MiiMOSA et investissez dès 100 euros dans un prêt rémunéré agricole, ou choisissez un don avec contrepartie pour faire naître la prochaine huilerie, fromagerie ou brasserie paysanne.



