Éducation financière dès la 4ème : pourquoi l’État a décidé d’agir maintenant ?

Le 6 mai 2026, Roland Lescure, ministre de l’Économie, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, se sont réunis pour annoncer une décision qui aurait pu sembler anodine : à la rentrée prochaine, tous les élèves de 4e passeront le Passeport EDUCFI, un module de formation aux bases de l’économie personnelle. Cela fait dix ans que la stratégie nationale EDUCFI existe. Mais c’est en 2026 qu’elle franchit une étape décisive.

Pourquoi maintenant ? Et pourquoi cette réforme, discrète dans sa forme, mérite-t-elle qu’on s’y arrête ?

 

Education financière : un constat qui ne trompe pas

Pour comprendre l’urgence, il faut regarder les chiffres. Selon l’enquête de l’OCDE publiée en janvier 2026, le niveau de culture financière des Français progresse depuis 2021, atteignant un score de 12,82 sur 20. Une progression réelle, donc. Mais qui révèle surtout à quel point le chemin reste long : 12,82 sur 20, c’est tout juste la moyenne. Et encore, cette moyenne cache des angles morts particulièrement préoccupants.

Les Français maîtrisent mieux l’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat et le rapport entre risque et rendement. En revanche, leur connaissance du mécanisme des taux d’intérêt simples ou composés et de l’impact de l’inflation sur l’épargne reste insuffisante. Autrement dit : des millions d’épargnants placent leur argent sans comprendre réellement comment il travaille, ni comment il s’érode.

Ce n’est pas qu’une question de curiosité intellectuelle. C’est une question d’argent concret, perdu chaque année, faute de connaissances de base.

Des Français qui épargnent beaucoup, mais qui investissent peu et mal

Le paradoxe français en 2026 est là, posé sur la table. Le taux d’épargne des ménages s’établissait à 18,3 % en moyenne sur l’année 2025 selon l’INSEE, avec un pic à 18,9 % au deuxième trimestre. Jamais depuis les années 1970, hors période Covid, les Français n’avaient autant mis de côté. La France se hisse même au deuxième rang européen pour l’effort d’épargne, juste derrière l’Allemagne.

Mais dans le même temps, cette épargne massive dort en grande partie sur des produits peu rentables. Le Livret A est passé de 3 % en janvier 2025 à 1,5 % depuis le 1er février 2026. Sur un encours de 22 950 euros, soit le plafond du Livret A, les intérêts annuels ne dépassent plus 345 euros. Pour une famille qui aurait mis 50 000 euros de côté sur des produits réglementés, l’absence de stratégie représente un manque à gagner croissant, année après année.

Forte heureusement, cette situation n’est pas une fatalité. Elle est, pour l’essentiel, une conséquence directe du manque d’éducation financière. Savoir qu’un taux de 1,5 % brut sur un Livret A, combiné à une inflation de 0,9 %, donne un rendement réel positif mais modeste, c’est le genre de raisonnement qu’on ne fait pas naturellement, si personne ne vous l’a appris.

Pour aller plus loin sur le sujet du Livret A, ses évolutions de taux et les alternatives concrètes, retrouvez notre dossier complet dédié.

Le Passeport EDUCFI : ce qu’il va changer et ce qu’il ne changera pas seul

Le Passeport EDUCFI est organisé autour de séquences de formation dont la finalité est de formaliser, lors d’un test, l’acquisition de compétences économiques, budgétaires et financières. Ces compétences sont adossées au cadre de compétences financières pour les enfants et les jeunes dans l’Union européenne.

Concrètement, à la rentrée 2026, chaque collégien de 4e devra valider ce module. Au programme : comprendre ce qu’est un budget, à quoi servent les cotisations sociales, comment fonctionne un crédit, pourquoi l’épargne ne se résume pas à mettre des billets sous le matelas. Le Passeport EDUCFI sera ensuite renforcé dans la voie professionnelle et expérimenté au lycée général et technologique à partir de la rentrée 2027.

C’est une avancée. Mais soyons précis sur ce qu’elle représente : deux heures de sensibilisation, un quiz, un diplôme. Ce n’est pas un cours d’économie approfondi. Ce n’est pas non plus une formation à l’investissement. C’est une première brique, nécessaire, mais qui ne peut fonctionner que si elle s’inscrit dans quelque chose de plus large.

Depuis la création de la stratégie EDUCFI, 1,8 million de jeunes ont été sensibilisés. C’est considérable. Et pourtant, le score moyen de culture financière reste, lui, à peine au-dessus de la moyenne. Ce décalage dit quelque chose d’important : la sensibilisation ne suffit pas si elle ne s’accompagne pas d’une mise en pratique, d’une habitude construite dans la durée, souvent à la maison autant qu’à l’école.

Dix ans de période test d’EDUCFI : le bilan 

La stratégie nationale EDUCFI a dix ans. Il serait injuste de ne pas reconnaître ce qui a progressé. Le score global de culture financière des Français atteint 12,82 sur 20 en 2026, en hausse de 3 % par rapport à 2023, contre 12,17 sur 20 en 2021. Chez les 15-17 ans, le score de connaissances financières est passé de 3,8 sur 7 en 2020 à 4,3 sur 7 en 2023.

Ces progrès sont réels, ils montrent que les politiques publiques d’éducation financière ont un effet mesurable. Mais ils montrent aussi que cet effet est lent, et que la France reste dans la moyenne de l’OCDE ce qui, pour la sixième économie mondiale, peut légitimement interroger.

Au total, 56 % des Français possèdent une connaissance financière de base, à comparer à 58 % pour les pays de l’OCDE et les disparités sont fortes selon l’âge, le niveau d’études et la catégorie socioprofessionnelle. Ce sont précisément ces inégalités que le Passeport EDUCFI vise à réduire, en garantissant un socle commun à tous les élèves, quels que soient leur milieu ou leur parcours.

Le nouveau plan d’action 2026-2027 vise aussi à positionner la France comme pilote européen d’une intelligence artificielle dédiée à l’éducation financière, via le projet EDUCFI+, et à renforcer la visibilité d’un label garantissant des contenus fiables sur le web et les réseaux sociaux. Des ambitions à la hauteur du retard à combler.

Ce que l’école ne peut pas faire à votre place

La réforme est là, elle est utile, mais elle ne remplacera pas ce qui se construit, ou ne se construit pas, dans les familles.

Un adolescent qui voit ses parents réfléchir à leur épargne, comparer des placements, s’interroger sur le rendement réel d’un produit financier, c’est un futur adulte qui aura des réflexes que deux heures de cours ne lui auront pas donnés. L’éducation financière est, fondamentalement, une pratique avant d’être une connaissance.

C’est là qu’une plateforme comme MiiMOSA peut jouer un rôle concret. Investir dans des projets agricoles ou alimentaires via le financement participatif, c’est mettre en pratique, de façon tangible, les mécanismes que le Passeport EDUCFI cherche à introduire : comprendre le rapport entre risque et rendement, diversifier son épargne, donner du sens à l’argent qu’on place. Et c’est le faire sur des projets réels, qui financent l’agriculture française, les énergies renouvelables, la transition alimentaire.

Important : pour ceux qui souhaitent s’y engager, et avant même de choisir un projet, il peut être utile de connaître sa propre capacité d’épargne disponible. Notre simulateur en ligne permet de le faire en quelques minutes, sans engagement.

Comprendre pour choisir : la vraie finalité de l’éducation financière

L’objectif du Passeport EDUCFI n’est pas de former des traders en herbe. Il est, selon les termes mêmes du ministère de l’Éducation nationale, de former des citoyens autonomes, capables de faire des choix éclairés face à des décisions qui engageront leur vie quotidienne pendant des décennies : souscrire un crédit, constituer une épargne de précaution, préparer une retraite, ou simplement ne pas se retrouver en situation de surendettement.

Le plan d’action EDUCFI s’articule désormais autour de trois piliers : les finances personnelles (gestion de budget, épargne, crédit) la pédagogie économique (compréhension des mécanismes de l’économie) et la gestion financière des entreprises (création, pilotage et développement).

Ce triptyque dit quelque chose d’important : l’éducation financière n’est plus cantonnée à apprendre à ne pas dépenser plus qu’on ne gagne. Elle englobe désormais l’investissement, la compréhension des marchés, la relation entre épargne individuelle et économie réelle. C’est un changement de paradigme qui, s’il est bien conduit, pourrait modifier durablement le rapport des Français à leur argent.

La génération qui entre en 4e à la rentrée 2026 sera la première à bénéficier de ce socle généralisé. Ce qu’elle en fera dépendra aussi de ce que les adultes qui l’entourent lui montreront.

Et pour aller plus loin que le Livret A ou le compte courant, pour comprendre ce que signifie véritablement faire travailler son épargne tout en soutenant l’économie réelle, notre simulateur de capacité d’épargne est un bon point de départ.