À la fin des années 1970, il ne restait plus que 200 vaches ferrandaises en France. Cette race originaire du Puy-de-Dôme avait dominé les pâturages auvergnats jusqu’au début du XXe siècle, avec plus de 140 000 têtes à son apogée, avant que la mécanisation de l’agriculture ne la pousse au bord de la disparition. Près de cinquante ans plus tard, la ferrandaise compte environ 4 000 femelles réparties dans 750 élevages. Cette histoire de sauvegarde, portée par une poignée d’éleveurs passionnés, fait de la ferrandaise l’une des illustrations les plus marquantes de la biodiversité domestique française.

La ferrandaise, une race patrimoniale du Massif Central

La ferrandaise est une race bovine originaire du Puy-de-Dôme, berceau historique situé entre le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne et celui du Livradois-Forez. Elle tire son nom de la commune de Ferrand, aujourd’hui rattachée à Clermont-Ferrand.

Une robe reconnaissable entre toutes

Ce qui frappe d’abord chez la ferrandaise, c’est la diversité de sa robe. Trois panachures différentes existent au sein de la race :

  • Barrée : larges bandes de couleur sur fond blanc
  • Bregniée : robe tachetée, mélangeant les teintes de façon irrégulière
  • Poudrée : pelage parsemé de petites taches, donnant un effet moucheté

Ces robes combinent du blanc, du rouge et du noir, ce qui rend chaque animal unique. Cette variété visuelle s’explique par l’absence historique de sélection génétique stricte sur la race : les éleveurs n’ont jamais cherché à uniformiser son apparence pour maximiser un seul critère de production.

Une race mixte, ni laitière ni allaitante par défaut

La ferrandaise appartient à la catégorie des races mixtes, c’est-à-dire qu’elle peut être élevée aussi bien pour son lait que pour sa viande. Cette polyvalence constitue l’un de ses principaux atouts. Certains éleveurs orientent leurs troupeaux vers la production laitière, d’autres vers la production de viande, sans qu’aucune de ces voies ne nécessite une race différente.

Le lait de ferrandaise entre dans la fabrication de plusieurs fromages sous appellation d’origine protégée : le Saint-Nectaire, la Fourme de Rochefort, la Fourme d’Ambert et la Fourme de Montbrison. La race participe ainsi directement à des filières fromagères identitaires du Massif Central.

Une histoire de sauvegarde exemplaire

Comprendre la ferrandaise aujourd’hui suppose de revenir sur la trajectoire qui a conduit à son quasi-effacement, puis à son redressement.

Du déclin à la quasi-extinction

Au début du XXe siècle, la race dominait largement les pâturages du Puy-de-Dôme. La mécanisation agricole des années 1960 a bouleversé cet équilibre : les éleveurs se sont progressivement tournés vers des races plus spécialisées, jugées plus rentables sur un seul critère, lait ou viande. Les effectifs de ferrandaises ont chuté de façon continue jusqu’à atteindre leur point le plus bas à la fin des années 1970, avec seulement 200 femelles recensées.

La mobilisation des éleveurs et de l’Institut de l’Elevage

Face à ce risque de disparition pure et simple, une poignée d’éleveurs s’est mobilisée. Soutenus par le Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne et l’Institut de l’Elevage, ils créent en 1977 l’Association de Sauvegarde de la Race Bovine Ferrandaise. L’objectif est double : préserver la diversité génétique de la race et augmenter progressivement ses effectifs.

Le plan de sauvegarde s’appuie sur un financement du ministère de l’Agriculture et sur l’expertise de la Commission Nationale d’Amélioration Génétique. Près de quarante ans de travail méthodique permettent au cheptel de repasser la barre des 3 000 femelles, seuil considéré comme celui de la sauvegarde réussie.

Où en est la race aujourd’hui ?

En 2026, la ferrandaise rassemble environ 4 000 femelles et une soixantaine de taureaux, répartis entre 750 élevages, dont 150 exclusivement dédiés à la race. Elle reste classée parmi les races bovines locales à petits effectifs, une catégorie qui regroupe les races françaises dont la sauvegarde nécessite une vigilance continue, même après le retour à des niveaux de population jugés stables.

Cette résilience tient aussi à l’adaptation de la ferrandaise aux pratiques pastorales extensives. Les troupeaux pâturent une grande partie de l’année dans des prairies naturelles de moyenne montagne, valorisant une flore riche et diversifiée propre aux territoires volcaniques d’Auvergne.

Pourquoi la sauvegarde des races locales concerne aussi les citoyens ?

L’histoire de la ferrandaise illustre un enjeu qui dépasse le cercle des éleveurs spécialisés : celui de la diversité génétique du cheptel bovin français.

Une race à petits effectifs comme la ferrandaise constitue une réserve de caractères génétiques qui ne se retrouvent pas dans les races standardisées à grande échelle. Résistance à certaines conditions climatiques, capacité à valoriser des prairies pauvres, rusticité face aux maladies : ces qualités, accumulées sur des générations d’adaptation locale, représentent un patrimoine difficile à reconstituer une fois perdu.

Soutenir ce type de filière passe par plusieurs leviers concrets :

  1. Privilégier les produits sous AOP qui valorisent le lait ou la viande de races locales
  2. S’informer sur les circuits courts proposés par les associations de sauvegarde régionales
  3. Suivre les concours et salons agricoles qui mettent en lumière ces races, à l’image du Salon International de l’Agriculture
  4. Soutenir, par le don ou l’investissement, des projets agricoles qui participent à la diversification des filières d’élevage

C’est précisément sur ce dernier point que des plateformes comme MiiMOSA jouent un rôle. En permettant à des particuliers de financer des projets d’agriculteurs partout en France, par le don ou le prêt rémunéré, MiiMOSA contribue au maintien d’une diversité de pratiques d’élevage, y compris pour des filières moins connues du grand public mais essentielles à la souveraineté alimentaire française. Chaque projet financé sur la plateforme représente un éleveur ou un transformateur qui consolide son activité, parfois en lien direct avec des races ou des terroirs patrimoniaux.

Comment observer et reconnaître une ferrandaise ?

Pour le grand public curieux d’élevage bovin, quelques repères permettent d’identifier une ferrandaise sur le terrain ou en salon.

La taille reste modérée par rapport aux races bouchères spécialisées, cohérente avec une race adaptée à la moyenne montagne plutôt qu’à l’engraissement intensif. La robe, comme évoqué plus haut, constitue le critère le plus immédiat : aucune autre race française ne présente cette combinaison de panachures barrée, bregniée et poudrée associant blanc, rouge et noir sur un même animal.

Les cornes, souvent présentes et orientées vers l’avant, complètent une silhouette assez typique des races rustiques de montagne. Sur le terrain, l’observation se fait principalement dans le Puy-de-Dôme et les départements limitrophes, où se concentre l’essentiel des élevages.

La ferrandaise à l’honneur du Salon International de l’Agriculture 2027

Information notable pour les amateurs de races bovines : la ferrandaise sera la race égérie de la prochaine édition du Salon International de l’Agriculture, programmée du 27 février au 7 mars 2027 à Paris Expo Porte de Versailles. Ce choix, annoncé par les organisateurs, succède à une édition 2026 marquée par l’absence des bovins en raison de la dermatose nodulaire contagieuse. Porté par l’organisme de sélection des Races Bovines Locales à Petits Effectifs, ce choix met en lumière la nécessité de préserver le patrimoine génétique agricole français. Le nom de la vache qui incarnera la race lors de l’événement sera dévoilé à l’automne 2026.

FAQ : Tout savoir sur la race bovine ferrandaise

Qu’est-ce que la race bovine ferrandaise ?

La ferrandaise est une race bovine mixte (lait et viande) originaire du Puy-de-Dôme, en Auvergne. Reconnaissable à sa robe panachée de blanc, rouge et noir, elle fait partie des races françaises à petits effectifs, après avoir frôlé la disparition dans les années 1970.

Combien reste-t-il de vaches ferrandaises en France ?

En 2026, la race compte environ 4 000 femelles et une soixantaine de taureaux, répartis entre 750 élevages situés principalement dans le Puy-de-Dôme et les territoires limitrophes du Massif Central.

Pourquoi la race ferrandaise a-t-elle presque disparu ?

La mécanisation de l’agriculture dans les années 1960 a entraîné un basculement vers des races plus spécialisées, jugées plus rentables. Les effectifs de ferrandaises ont chuté jusqu’à atteindre seulement 200 femelles à la fin des années 1970, avant la mise en place d’un plan de sauvegarde.

La ferrandaise est-elle une race laitière ou une race à viande ?

La ferrandaise est une race mixte : certains éleveurs l’orientent vers la production laitière, d’autres vers la production de viande, sans distinction génétique entre les deux usages. Son lait entre notamment dans la fabrication des AOP Saint-Nectaire, Fourme de Rochefort, Fourme d’Ambert et Fourme de Montbrison.

Où peut-on voir des vaches ferrandaises ?

Les élevages de ferrandaises se concentrent dans le Puy-de-Dôme, au sein des Parcs naturels régionaux des Volcans d’Auvergne et du Livradois-Forez. La race sera également mise à l’honneur lors du Salon International de l’Agriculture 2027, à Paris.

La race ferrandaise est-elle menacée aujourd’hui ?

La race est aujourd’hui considérée comme sauvegardée, avec un cheptel repassé au-dessus de 3 000 femelles, seuil de sécurité génétique. Elle reste néanmoins classée parmi les races à petits effectifs, nécessitant un suivi continu de l’Association de Sauvegarde de la Race Bovine Ferrandaise.

Derrière chaque race locale sauvegardée se cache un travail d’éleveurs qui mérite d’être soutenu dans la durée. Découvrez les projets agricoles en cours de financement sur MiiMOSA et participez, par le don ou l’investissement, au maintien d’une agriculture française diversifiée et ancrée dans ses territoires.