Romain Aubugeau
À 60 ans, l’horizon de placement est plus long qu’on ne le croit. Selon l’Insee, une femme de cet âge peut espérer vivre encore 27,9 ans en moyenne, et un homme 23,9 ans (données provisoires 2025). Le patrimoine constitué pendant la vie active devra donc accompagner un quart de siècle, peut-être davantage.
Pourtant, beaucoup d’épargnants abordent la soixantaine avec un réflexe unique : sécuriser. Placer son argent à 60 ans demande au contraire de répondre à trois besoins qui n’ont ni le même horizon ni le même niveau de risque : préparer le passage à la retraite, compléter ses revenus pendant vingt-cinq ans, et organiser la transmission. Voici comment les articuler.
À 60 ans, trois horizons à concilier
La soixantaine est une période de bascule. Les revenus d’activité vont s’arrêter dans les années qui viennent, les dépenses changent de nature, et la question de la transmission devient concrète. Pour s’y retrouver, il est utile de raisonner en trois poches :
- la poche de disponibilité : l’épargne de précaution et les dépenses prévues à moins de trois ans (travaux, aide à un enfant, voyage) ;
- la poche de revenus : le capital destiné à compléter la pension pendant toute la retraite ;
- la poche de transmission : ce que vous souhaitez laisser à vos proches, dans les meilleures conditions fiscales.
Chacune appelle des placements différents. L’erreur la plus courante consiste à tout traiter comme la première, au risque de voir son épargne rongée par l’inflation pendant vingt-cinq ans.
Préparer le passage à la retraite
Connaître sa date de départ
La date de départ conditionne toute la stratégie. La réforme des retraites a été suspendue par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Pour la génération 1964, l’âge légal reste fixé à 62 ans et 9 mois, comme pour les personnes nées au premier trimestre 1965. Il remonte ensuite progressivement, jusqu’à 64 ans pour la génération 1969.
Avant toute décision de placement, consultez votre relevé de carrière et une estimation de pension sur le site officiel info-retraite.fr. L’écart entre le dernier salaire et la première pension, souvent important pour les cadres, donne la mesure du complément de revenus à construire.
Profiter des dernières années de versements sur le PER
Pour les contribuables fortement imposés, les dernières années d’activité sont souvent les plus intéressantes pour alimenter un plan d’épargne retraite (PER) : les versements sont déductibles du revenu imposable, et la sortie en capital est possible au départ en retraite. Un changement est à noter : depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués après le 70e anniversaire ne sont plus déductibles. La fenêtre fiscale se concentre donc sur la décennie qui commence à 60 ans.
Compléter ses revenus pendant vingt-cinq ans
La poche de revenus doit produire un flux régulier sans s’épuiser trop vite. Avec une inflation de 0,9 % en 2025 selon l’Insee, l’enjeu semble modeste. Mais sur vingt-cinq ans, même une inflation faible réduit nettement le pouvoir d’achat d’un capital qui ne rapporte rien.
Plusieurs supports permettent de générer des revenus complémentaires :
- L’assurance vie en rachats partiels programmés. Après huit ans de détention, les gains retirés bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule et de 9 200 euros pour un couple. Seule la part de gains contenue dans chaque rachat est imposée.
- Le prêt participatif. Le capital prêté est remboursé progressivement avec les intérêts, selon un échéancier connu dès le départ. C’est un placement de rendement, à durée déterminée.
- L’immobilier de rendement, en direct ou via des SCPI, qui produit des loyers mais immobilise le capital et exige une gestion ou des frais.
- Les actions à dividendes, plus volatiles, à réserver à une partie limitée du patrimoine et à un horizon long.
L’arbitrage entre ces supports dépend de votre tolérance au risque et du niveau de votre pension. Plus la pension couvre les dépenses courantes, plus la poche de revenus peut accepter de risque.
Le prêt rémunéré, un complément de revenus qui a du sens
Sur MiiMOSA, le prêt rémunéré permet de financer des exploitations agricoles et des projets de transition énergétique en France. Les taux affichés vont de 5 % à 10 % par an selon les projets, avant fiscalité. Les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026. Les remboursements, qui comprennent une part de capital et une part d’intérêts, produisent un flux régulier tout au long de la durée du prêt.
Pour un épargnant de 60 ans, ce format présente deux atouts. Il diversifie le patrimoine hors des marchés financiers, et il permet de savoir précisément ce que finance son argent : un élevage, une unité de méthanisation, une installation de jeune agriculteur. Il impose aussi deux règles de prudence. Le capital n’est pas disponible avant le terme du prêt, et un projet peut rencontrer des difficultés de remboursement. Ce type de placement ne doit donc représenter qu’une fraction du patrimoine, répartie sur plusieurs projets.
Investir dans des projets de financement participatif comporte un risque de perte partielle ou totale du capital investi et un risque d’illiquidité. N’investissez que l’argent dont vous n’avez pas besoin à court terme et diversifiez vos placements.
Organiser la transmission
La soixantaine est aussi le moment où la transmission devient une décision active plutôt qu’une perspective lointaine. Deux outils dominent.
L’assurance vie, avant et après 70 ans
L’âge de 70 ans marque une frontière fiscale décisive pour l’assurance vie :
- les sommes versées avant 70 ans bénéficient, au décès, d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire ;
- les sommes versées après 70 ans ne bénéficient que d’un abattement global de 30 500 euros sur les primes versées, tous bénéficiaires confondus, mais les gains produits sont exonérés.
Entre 60 et 70 ans, alimenter ses contrats d’assurance vie reste donc l’un des leviers de transmission les plus efficaces. Vérifiez au passage la rédaction de vos clauses bénéficiaires, souvent obsolètes.
La donation de son vivant
Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 euros à chacun de ses enfants en franchise de droits, et cet abattement se reconstitue tous les quinze ans. Une donation à 60 ans permet donc d’envisager une seconde donation à 75 ans dans les mêmes conditions. Elle aide aussi les enfants au moment où ils en ont souvent le plus besoin, pour un achat immobilier ou la création d’une entreprise.
Les erreurs à éviter à 60 ans
- Tout sécuriser sur des livrets, au risque de perdre du pouvoir d’achat pendant vingt-cinq ans.
- Tout investir sur un seul support, même réputé sûr.
- Bloquer son épargne de précaution dans un placement à long terme, alors que les imprévus de santé ou de famille se multiplient.
- Repousser la transmission au-delà de 70 ans, et perdre l’avantage fiscal de l’assurance vie.
- Signer sous la pression d’un démarcheur : les épargnants de cet âge sont une cible privilégiée des escroqueries financières.
FAQ : placer son argent à 60 ans
Où placer son argent à 60 ans ?
Il faut raisonner en trois poches : des livrets réglementés pour la disponibilité, des placements de rendement (assurance vie, prêts participatifs, immobilier) pour compléter la pension, et l’assurance vie ou la donation pour la transmission. La répartition dépend du niveau de la pension et de la tolérance au risque.
Faut-il encore prendre des risques à 60 ans ?
Une partie du patrimoine peut rester investie sur des supports plus dynamiques. Avec une espérance de vie de 23,9 ans pour les hommes et de 27,9 ans pour les femmes à 60 ans, selon l’Insee, l’horizon de placement reste long. La prise de risque doit en revanche être limitée à l’argent dont on n’aura pas besoin à court terme.
Faut-il ouvrir un PER à 60 ans ?
Le PER peut être intéressant pour un contribuable fortement imposé, car les versements sont déductibles du revenu et la sortie en capital est possible à la retraite. Depuis 2026, les versements effectués après 70 ans ne sont plus déductibles, ce qui concentre l’intérêt fiscal sur la décennie précédente.
Pourquoi verser sur une assurance vie avant 70 ans ?
Parce que les sommes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire au décès. Après 70 ans, l’abattement tombe à 30 500 euros pour l’ensemble des bénéficiaires, même si les gains restent exonérés.
Comment obtenir des revenus réguliers avec son épargne ?
Les rachats partiels programmés sur une assurance vie de plus de huit ans, les prêts participatifs remboursés par échéances, les loyers de SCPI ou les dividendes d’actions permettent de produire un flux régulier. Chaque solution présente un niveau de risque et une disponibilité différents.
Conclusion
Placer son argent à 60 ans ne consiste pas à tout mettre à l’abri. Il s’agit d’organiser un patrimoine qui devra servir pendant un quart de siècle : une réserve disponible, une poche qui complète la pension et une stratégie de transmission engagée avant 70 ans. Cette répartition, revue chaque année, protège à la fois le niveau de vie et ce que l’on souhaite laisser.
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