Romain Aubugeau
Chaque début d’année, la même question revient sur les tables des conseillers en gestion de patrimoine, dans les colonnes des journaux financiers et, de plus en plus, dans les conversations entre particuliers : où placer son argent ? En 2026, la réponse est plus complexe qu’elle n’y paraît. Le Livret A a perdu la moitié de son rendement en l’espace de douze mois. Le Plan d’Épargne Retraite séduit par sa fiscalité immédiate mais bloque les fonds jusqu’à la retraite. L’assurance vie reste le placement préféré des Français, avec 2 107 milliards d’euros d’encours à fin 2025, mais sa rentabilité réelle questionne. Et depuis quelques années, une quatrième voie émerge discrètement mais solidement : l’investissement direct dans l’économie réelle.
Cet article n’a pas pour ambition de désigner un vainqueur. Il cherche à donner les outils pour penser sa stratégie d’épargne avec lucidité, en 2026, dans un contexte qui a profondément changé.
Le Livret A ne suffit plus
Commençons par l’évidence que beaucoup préfèrent ne pas regarder en face. Depuis le 1er février 2026, le taux du Livret A a été abaissé à 1,5 %, conformément à la préconisation du gouverneur de la Banque de France. Ce taux reste supérieur à l’inflation de décembre 2025, mais le contexte a radicalement changé depuis le pic à 3 % observé au début de l’année 2025.
Sur les douze derniers mois, le Livret A a connu trois baisses successives, passant de 2,4 % en février 2025 à 1,7 % en août 2025, puis à 1,5 % en février 2026. Son rendement a donc été divisé par deux en l’espace d’un an. Pour un épargnant qui avait placé l’intégralité de son Livret A au plafond, soit 22 950 euros, cela représente une perte de 344 euros d’intérêts annuels par rapport à 2024.
Le Livret A conserve évidemment ses atouts structurels : disponibilité immédiate, capital garanti par l’État, exonération fiscale totale. C’est un outil de précaution irremplaçable pour couvrir trois à six mois de dépenses courantes. Mais en dehors de cette poche de sécurité, l’utiliser comme seul vecteur d’épargne revient à accepter une quasi-stagnation de son patrimoine.
Assurance vie : le placement préféré des Français, mais pour quels objectifs ?
Avec des cotisations qui ont frôlé les 200 milliards d’euros en 2025 et un encours ayant dépassé pour la première fois le seuil symbolique des 2 000 milliards d’euros, l’assurance vie confirme son statut de pilier de l’épargne des ménages français.
Ce succès ne doit rien au hasard. L’assurance vie est un produit d’épargne flexible qui permet d’investir dans différentes classes d’actifs tout en bénéficiant d’une fiscalité avantageuse après huit ans de détention, avec un abattement annuel sur les plus-values de 4 600 euros pour une personne seule et de 9 200 euros pour un couple.
Ses autres atouts sont bien connus. L’assurance vie permet notamment d’organiser la transmission de son capital hors succession classique, avec un abattement allant jusqu’à 152 500 euros par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans.
Mais la rentabilité réelle mérite d’être examinée sans complaisance. L’assurance vie en fonds euros affiche des rendements évalués à environ 2,60 % en moyenne en 2025, meilleurs que le Livret A, mais avec des contraintes d’accès et de durée. Les meilleures offres en ligne dépassent ces niveaux, mais restent très en dessous de ce que l’économie réelle peut offrir à ceux qui acceptent un horizon de placement de quelques années.
Le PER : une fiscalité avantageuse, mais des fonds bloqués
Introduit par la loi Pacte en 2019, le Plan d’Épargne Retraite a su convaincre un nombre croissant d’épargnants. À fin mars 2025, 12,0 millions de personnes détenaient un PER pour un encours de 130,7 milliards d’euros. Sa promesse est claire : réduire son impôt aujourd’hui en échange d’un engagement à ne pas toucher aux fonds avant la retraite.
Le PER concentre son avantage à l’entrée en permettant la déduction des versements du revenu imposable. Plus la tranche marginale d’imposition est élevée, plus cet avantage est puissant : significatif à 30 %, très puissant à 41 % ou 45 %.
Un épargnant qui verse sur son PER et qui est soumis à une tranche marginale d’imposition de 30 % obtient 30 euros d’impôt en moins pour chaque tranche de 100 euros versée, ce qui revient à placer 130 euros pour un effort net de 100 euros.
La contrepartie est lourde : les fonds sont bloqués jusqu’à la retraite, avec un rattrapage fiscal à la sortie si les versements ont été déduits, et ce choix de déduction est irréversible. Le PER est donc particulièrement adapté aux contribuables fortement imposés disposant d’autres sources d’épargne disponibles. Pour les autres, ses contraintes peuvent l’emporter sur ses avantages.
PER ou assurance vie : et si la vraie question était ailleurs ?
PER et assurance vie sont rarement en opposition frontale. Ils jouent souvent des rôles complémentaires : le PER sert à maximiser la réduction d’impôt pendant les années de forte activité, tandis que l’assurance vie offre la souplesse à la sortie et l’avantage successoral.
La bonne stratégie, dans la plupart des situations, consiste à utiliser le PER à hauteur de son plafond de déduction, et à orienter le surplus vers une assurance vie ou vers d’autres véhicules d’investissement.
Mais cette réponse, aussi pertinente soit-elle techniquement, occulte une question de fond que de plus en plus d’épargnants posent : à quoi sert concrètement mon épargne ? Où va l’argent que je confie à mon assureur ou à ma banque ? Qui en bénéficie réellement ?
L’investissement dans l’économie réelle : une troisième voie
Ces questions ont contribué à l’essor d’une forme d’investissement longtemps réservée aux institutionnels : le financement direct de projets concrets, dans l’économie française, avec un taux fixé à l’avance et une connaissance précise de l’utilisation des fonds.
Les plateformes de financement participatif agréées par l’Autorité des Marchés Financiers permettent à des épargnants de prêter directement à des entreprises, agriculteurs, coopératives, artisans alimentaires ou producteurs d’énergie renouvelable, et de percevoir en retour un taux d’intérêt fixe.
Ce modèle n’est plus marginal, le segment du financement participatif dédié aux énergies renouvelables a levé 358 millions d’euros en 2025, avec un rendement brut moyen de 7,7 % et aucune perte définitive enregistrée. Un chiffre qui parle de lui-même, au moment où les fonds euros peinent à dépasser les 3 % sur les meilleurs contrats.
Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez consulter notre article sur les raisons d’investir dans l’économie réelle et la complémentarité entre sens et performance.
MiiMOSA : investir dans l’agriculture et les énergies renouvelables françaises
Fondée en 2015, MiiMOSA s’est construite autour d’une conviction simple : la transition agricole, alimentaire et énergétique de la France a besoin de financements que les circuits classiques ne couvrent pas suffisamment. Dix ans plus tard, la plateforme revendique 200 millions d’euros investis dans 8 000 projets, portée par une communauté de 500 000 membres.
Son positionnement est singulier. Là où la plupart des acteurs du financement participatif se sont concentrés sur l’immobilier ou les grands projets industriels, MiiMOSA a choisi de rester ancrée sur l’agriculture française et ses enjeux : souveraineté alimentaire, transition agroécologique, développement des énergies renouvelables sur les exploitations.
Les projets financés ne sont pas des actifs financiers isolés de leur contexte. Ce sont des fermes qui cherchent à diversifier leurs revenus, des coopératives d’éleveurs qui veulent valoriser leurs effluents, des entrepreneurs qui alimentent leur territoire en produits locaux et sourcés éthiquement. Autre information à souligner : derrière chaque campagne de financement, il y a une entreprise réelle, un porteur de projet identifiable, et un taux communiqué en amont.
La plateforme structure ses opportunités d’investissement autour de quatre axes : énergies renouvelables, coopératives et entreprises agroalimentaires, exploitations agricoles et artisanat, et startups à impact. Chaque thématique présente un profil de risque distinct et des rendements allant jusqu’à 10 % d’intérêts annuels selon les projets.
Sur le segment des énergies renouvelables agricoles, qui comprend des projets de méthanisation, d’agrivoltaïsme et de bois énergie, les rendements se situent entre 6 % et 9 % annuels pour un niveau de risque qualifié de faible à modéré. Des niveaux qui placent ce type d’investissement dans une catégorie à part, comparé aux placements traditionnels, pour des épargnants disposés à immobiliser leur capital sur une durée de deux à cinq ans.
Ce que dit la loi : des garde-fous pour l’épargnant
Un placement attractif ne vaut que si son cadre réglementaire est solide. MiiMOSA opère sous agrément de l’Autorité des Marchés Financiers en tant que Prestataire de Services de Financement Participatif, ce qui implique des obligations de transparence, de sélection rigoureuse des dossiers et d’information des investisseurs.
Il est important de rappeler, comme pour tout investissement, que les prêts participatifs comportent un risque de perte en capital et un risque de liquidité. Les fonds sont immobilisés pendant la durée du projet, généralement entre douze et soixante mois. La diversification reste la règle d’or : il s’agit de placer dans ce type de véhicule uniquement des montants dont on n’aura pas besoin à court terme, en complément d’une épargne de précaution et d’autres placements. MiiMOSA publie ses statistiques de performance sur son site, à la disposition de tout investisseur souhaitant évaluer l’historique de la plateforme avant de s’engager.
PER ou assurance vie : quelle stratégie adopter en 2026 ?
Il n’existe pas de réponse universelle, mais quelques principes de bon sens peuvent guider la réflexion.Le Livret A reste indispensable pour l’épargne de précaution, disponible et sans risque. Au-delà de cette poche, l’assurance vie conserve son rôle dans une stratégie patrimoniale à long terme, notamment pour sa souplesse et ses avantages successoraux. Le PER intéresse particulièrement les contribuables fortement imposés souhaitant réduire leur charge fiscale immédiate, à condition d’accepter le blocage des fonds.
Pour les épargnants qui souhaitent donner un sens à une partie de leur patrimoine tout en visant des rendements supérieurs aux produits classiques, l’investissement participatif dans l’économie réelle constitue un complément cohérent. Il ne remplace pas l’assurance vie ou le PER, mais s’inscrit dans une stratégie de diversification qui allie impact et performance. À une époque où l’agriculture française traverse une période charnière, où la souveraineté alimentaire et énergétique est redevenue un enjeu de premier plan, il n’est pas indifférent de savoir que son épargne contribue, concrètement, à financer la ferme maraîchère qui installe ses panneaux solaires, la coopérative laitière qui modernise ses équipements ou le méthaniseur agricole qui valorise les déchets d’une exploitation normande. C’est peut-être cela, finalement, la meilleure définition d’un investissement réussi : investir dans l’économie réelle, investir dans l’avenir.



