Romain Aubugeau
Le 16 mai 2026, une tribune paraissait sur le site du Monde. Elle n’émanait pas d’un syndicat agricole, ni d’une ONG environnementale, ni d’un think tank politique. Elle portait les signatures de cinquante des plus grands noms de la gastronomie française : Philippe Etchebest, Mauro Colagreco, Thierry Marx, Arnaud Donckele, Gilles Goujon, Gérald Passedat, Emmanuel Renaut, Kei Kobayashi… Des chefs triplement étoilés au Guide Michelin, dont les restaurants figurent parmi les meilleures tables du monde, et qui ont choisi ce moment précis pour monter collectivement au créneau.
Leur message est clair, leur ton sans détour : l’agriculture intensive, telle qu’elle est aujourd’hui promue et pratiquée en France, est une impasse. Et si ces hommes et femmes qui consacrent leur vie à la qualité des produits, à la saveur des terroirs et à l’excellence culinaire l’affirment ensemble, il serait imprudent de ne pas les entendre.
Un signal d’alarme venu des cuisines
La tribune, cosignée par Ludovic Aventin, fondateur de Terra Hominis, et Jacques Marcon, chef triplement étoilé installé en Haute-Loire, répond à une déclaration d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, qui s’interrogeait publiquement sur la nécessité d’augmenter la taille critique des exploitations agricoles au nom de la compétitivité.
Pour ces chefs, cette logique est non seulement erronée, elle est dangereuse. Parce qu’elle confond productivité de court terme et résilience de long terme, parce qu’elle sacrifie la qualité sur l’autel des volumes et parce qu’elle ignore une réalité que ces cuisiniers constatent quotidiennement, au fil de leurs approvisionnements, de leurs relations avec les producteurs, de leur connaissance intime des territoires : les fermes à taille humaine, engagées dans des pratiques durables, produisent mieux, retiennent plus de valeur localement, et transmettent quelque chose d’essentiel que les grandes structures industrielles ne peuvent offrir.
La « Ferme France », un colosse aux pieds d’argile
Le constat chiffré que pose la tribune est brutal : en 2025, pour la première fois depuis près de cinquante ans, la balance commerciale agroalimentaire de la France est passée en territoire négatif. Un pays qui fut longtemps le premier exportateur agricole d’Europe, qui affichait encore un excédent de plus de huit milliards d’euros en 2021, a vu ce solde s’effondrer. Selon les données du service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste), l’excédent agroalimentaire français a atteint son plus bas niveau depuis la fin des années 1970.
Derrière ce chiffre, une tendance de fond que les économistes agricoles alertaient depuis des années : entre 40 000 petites fermes disparues entre 2022 et 2025, un agriculteur sur deux qui partira à la retraite d’ici à 2030 sans que la relève ne soit assurée, des sols épuisés par des décennies de traitements intensifs, et une dépendance aux intrants extérieurs qui fragilise chaque maillon de la chaîne.
Les signataires de la tribune pointent une contradiction fondamentale : à vouloir rendre nos exploitations plus compétitives en les agrandissant et en les mécanisant à l’extrême, on les rend tout simplement intransmissibles. L’héritier potentiel, face à des charges d’investissement colossales et à une dette foncière inextricable, renonce. La ferme disparaît. Et avec elle, un savoir-faire, un terroir, une diversité que nulle politique de compétitivité ne reconstituera.
Ce que les étoiles nous disent sur nos assiettes
Il y a quelque chose de symboliquement fort dans le fait que ce soient des chefs, et non des économistes ou des élus, qui portent cette parole avec une telle force. Ces femmes et ces hommes ont passé des décennies à travailler les produits de la terre française. Ils savent, mieux que quiconque, ce que signifie la différence entre un légume cultivé dans un sol vivant et un autre sorti d’un système à haute intensité chimique. Entre un poulet élevé en plein air dans une ferme familiale bretonne et un lot standardisé issu d’une production industrielle.
Jacques Marcon, dont le restaurant est ancré au cœur du Massif central depuis des générations, le formule ainsi : vendre du blé au bout du monde pour importer du poulet de Pologne, c’est une chose. Mais sans petites fermes, c’est notre gastronomie elle-même qui est menacée. Et la gastronomie française, rappelons-le, est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis 2010. Elle ne survit pas sans les producteurs qui l’alimentent.
Deux propositions concrètes pour changer de cap
La tribune ne se contente pas de dénoncer, elle propose. Et c’est peut-être là sa contribution la plus précieuse au débat public, alors que la loi d’orientation agricole est examinée à l’Assemblée nationale.
Première proposition : un fonds foncier national.
Alimenté par l’épargne longue des citoyens, notamment via les plans d’épargne retraite (PER), ce fonds acquerrait des terres agricoles pour les mettre à disposition de jeunes agriculteurs via des baux de long terme. L’objectif est double : empêcher la financiarisation du foncier agricole par des fonds d’investissement internationaux, et faciliter l’installation de la nouvelle génération d’exploitants sans que le coût du foncier ne constitue un obstacle insurmontable.
Deuxième proposition : un crédit d’impôt de type « Girardin agricole ».
Ce mécanisme permettrait aux citoyens qui financent les outils de transformation ou de vente directe de fermes à taille humaine de bénéficier d’un avantage fiscal, à l’image de ce qui existe déjà pour l’outre-mer. Une façon d’orienter l’épargne privée vers le financement de l’économie agricole réelle, plutôt que vers des actifs spéculatifs déconnectés des territoires.
Ces deux propositions ont en commun de faire du citoyen un acteur du changement. De lui donner, au-delà de ses choix de consommation quotidiens, un levier concret pour orienter des ressources financières vers un modèle agricole qu’il choisit de soutenir.
Une ferme durable retient 40 % de la richesse sur son territoire
La tribune cite un chiffre qui mérite d’être retenu : une exploitation engagée dans l’agriculture durable conserve près de 40 % de la richesse qu’elle produit sur son territoire local. Contre une fraction bien inférieure pour les modèles intensifs, qui externalisent l’essentiel de leurs achats (intrants, machines, semences, énergie) et dont les revenus échappent en grande partie aux bassins de vie où ils sont produits.
Ce n’est pas un argument sentimental, c’est un argument économique. L’agriculture durable crée des emplois locaux, fait vivre des artisans, des transformateurs, des circuits courts. Elle rend les territoires ruraux attractifs et vivants, elle construit une souveraineté alimentaire qui ne se décrète pas depuis Paris, mais qui se construit ferme par ferme, exploitation par exploitation.
Et si votre épargne devenait un acte agricole ?
La tribune des cinquante chefs pose une question au fond très simple : de quel modèle agricole voulons-nous pour les décennies à venir ? Mais cette question n’est pas seulement politique, elle est aussi personnelle et financière.
Parce que l’épargne des citoyens a un pouvoir que l’on sous-estime souvent, orienter une partie de son capital vers des projets agricoles durables, c’est choisir concrètement de soutenir les fermes qui pratiquent des méthodes respectueuses des sols, de l’eau et de la biodiversité. C’est contribuer à financer l’installation d’un jeune éleveur qui choisit un mode d’élevage extensif plutôt qu’intensif. C’est permettre à un maraîcher bio de financer un atelier de transformation qui lui donnera accès à de nouveaux débouchés.
C’est précisément ce que permet MiiMOSA, plateforme de financement participatif dédiée à l’agriculture et à l’alimentation durables. Depuis sa création, MiiMOSA a accompagné des centaines de projets portés par des agriculteurs engagés dans la transition agro-écologique : maraîchers, éleveurs, arboriculteurs, producteurs de céréales en agriculture biologique ou en agroforesterie. Des projets ancrés dans les territoires français, portés par des femmes et des hommes qui font le pari d’une agriculture qui nourrit vraiment, sans épuiser les ressources de demain.
Investir via MiiMOSA, c’est choisir de mettre son argent au service de l’économie réelle. Pas celle des actifs cotés qui s’échangent en millisecondes sur les marchés financiers. Celle des sols qui se régénèrent, des haies qui repoussent, des ruisseaux qui retrouvent leur clarté, celle des assiettes que les chefs étoilés défendent dans leur tribune, et que des milliers de producteurs français s’efforcent chaque jour de rendre possible.
Tout investissement comporte des risques, dont celui de perte partielle ou totale du capital. Il convient de les prendre en compte et de diversifier son épargne avant toute décision de placement.
Le moment d’agir, c’est maintenant
La loi d’orientation agricole est en cours d’examen. Les arbitrages qui seront rendus dans les prochains mois façonneront le paysage agricole français pour une génération. Les chefs étoilés ont choisi ce moment pour parler. La question est de savoir ce que les citoyens vont faire de cette parole.
Consommer différemment est une réponse, voter différemment en est une autre. Mais épargner différemment est une troisième voie, souvent négligée, qui a pourtant un impact direct et mesurable sur les projets qui voient le jour.
Parce que derrière chaque ferme durable financée, il y a une histoire, un agriculteur qui a choisi de ne pas agrandir à tout prix, un sol qui ne sera pas traité aux herbicides de synthèse, un produit qui arrivera dans une cuisine, peut-être étoilée, peut-être ordinaire, et qui aura été cultivé avec le respect que la terre mérite.
Ce n’est pas de l’idéalisme, c’est de l’agriculture et c’est aussi, aujourd’hui, un choix d’investissement.
>Découvrez les projets agricoles et alimentaires à soutenir sur miimosa.com/invest
Questions fréquentes
Pourquoi des chefs étoilés s’engagent-ils contre l’agriculture intensive ?
Les chefs étoilés travaillent quotidiennement avec des producteurs et connaissent intimement les effets de l’agriculture intensive sur la qualité des produits, la santé des sols et la viabilité des exploitations à taille humaine. Leur engagement reflète une conviction professionnelle autant qu’éthique : sans agriculture durable, la gastronomie française ne peut pas survivre.
Qu’est-ce que la tribune des 50 chefs étoilés demande concrètement ?
Publiée dans Le Monde en mai 2026, la tribune propose deux mesures : la création d’un fonds foncier national financé par l’épargne citoyenne pour faciliter l’installation de jeunes agriculteurs, et un crédit d’impôt de type « Girardin agricole » pour inciter les particuliers à financer les fermes à taille humaine engagées dans des pratiques durables.
Comment investir dans l’agriculture durable en France ?
Des plateformes de financement participatif comme MiiMOSA permettent aux citoyens d’orienter une partie de leur épargne vers des projets agricoles et alimentaires durables. Ces investissements, qui comportent des risques comme tout placement, permettent de soutenir directement des agriculteurs engagés dans la transition agro-écologique sur le territoire français.
La balance commerciale agroalimentaire de la France est-elle vraiment en danger ?
Oui. Selon les données officielles du service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste), l’excédent agroalimentaire français a atteint en 2025 son niveau le plus bas depuis la fin des années 1970. Une dégradation structurelle qui s’explique à la fois par la baisse du nombre d’exploitations, l’épuisement de certains sols et la perte de compétitivité sur plusieurs filières.



