Granulé de bois : pourquoi la France importe encore massivement ses pellets ?

La France est le deuxième producteur européen de granulés de bois. Elle possède l’une des forêts les plus étendues du continent. Et pourtant, elle continue d’importer des centaines de milliers de tonnes de pellets chaque année. Un paradoxe qui s’explique par l’histoire récente de l’énergie, les tensions géopolitiques mondiales et qui appelle, plus que jamais, une réponse locale.

Qu’est-ce que le granulé de bois, exactement ?

Avant d’en comprendre les enjeux d’approvisionnement, il faut cerner ce qu’est réellement le granulé de bois ou pellet, selon la terminologie anglo-saxonne désormais d’usage courant dans la filière.

Le granulé de bois est un petit cylindre de bois compacté, fabriqué à partir de coproduits de bois tels que les copeaux, les sciures et les résidus de l’industrie du bois. Ces matériaux sont d’abord broyés, séchés puis comprimés sous haute pression pour former de petits cylindres denses, généralement de 6 mm de diamètre et de 10 à 30 mm de longueur. Aucun arbre n’est abattu pour leur seule fabrication : les granulés valorisent ce qui serait autrement considéré comme déchet industriel.

Lorsqu’un tronc arrive en scierie, environ 50 % est transformé en bois d’œuvre ou en emballage, et les 50 % restants sont des chutes et de la sciure et c’est précisément cette matière résiduelle qui donne naissance aux pellets. Une logique d’économie circulaire avant l’heure, qui confère au bois énergie une empreinte carbone bien inférieure à celle des énergies fossiles.

Le granulé de bois appartient à la famille plus large du bois énergie, terme qui désigne l’ensemble des formes de bois utilisées à des fins énergétiques : bûches, plaquettes forestières, mais aussi pellets. Cette énergie est aujourd’hui reconnue comme renouvelable, à condition que les forêts dont elle est issue soient gérées de manière durable.

Un marché en plein essor, une production nationale qui ne suit pas toujours

La trajectoire du marché français est saisissante. En moins d’une décennie, le granulé de bois est passé du statut de combustible de niche à celui de solution de chauffage grand public. En 2025, 2 millions de maisons individuelles sont équipées d’un chauffage au granulé de bois en France. La consommation nationale se place à 2,4 millions de tonnes, tandis que la production atteint 2,2 millions de tonnes.

Un écart de 200 000 tonnes qui doit être comblé par les importations.

En 2025, 128 000 poêles à granulés ont été vendus en France, soit une progression de 36 % par rapport à 2024. Dans le même temps, 8 060 chaudières à granulés ont trouvé preneur, en hausse de 13,5 % sur un an. Ces chiffres traduisent un engouement réel des ménages pour cette énergie à la fois économique et décarbonée mais ils exercent aussi une pression croissante sur la capacité de production nationale.

Le choc de 2022 : quand la géopolitique a tout bouleversé

Pour comprendre pourquoi la France importe des pellets, il faut revenir sur une séquence qui a profondément reconfiguré le marché mondial du granulé de bois.

À partir de 2021, la reprise économique post-Covid a provoqué une tension généralisée sur les marchés de l’énergie. Puis, en février 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis le feu aux poudres. À la veille de la guerre, la Russie fournissait à l’Union européenne environ 45 % de sa consommation annuelle de gaz, tout en étant son premier fournisseur de pétrole, de charbon et d’uranium. Les ménages européens, soudainement privés de repères tarifaires sur les énergies fossiles, se sont massivement tournés vers d’autres solutions dont le granulé de bois.

En France, la ruée vers les pellets a littéralement vidé les stocks disponibles en quelques semaines. Confrontés à un afflux massif de commandes, les fournisseurs de granulés de bois ont dû trouver des solutions palliatives pour satisfaire les consommateurs. Il a fallu importer du combustible et, par le jeu de l’offre et de la demande, le prix du combustible a fortement augmenté.

Les importations ont progressé, passant de 400 000 à plus de 500 000 tonnes, soit une part comprise entre 16 et 20 % de la consommation nationale. Des pellets ont été acheminés depuis les États-Unis, le Canada, les pays baltes, parfois sur des milliers de kilomètres, pour pallier en urgence le déficit d’approvisionnement hexagonal.

La leçon géopolitique était cruelle : même une énergie perçue comme locale peut devenir dépendante de chaînes d’approvisionnement mondiales lorsque la demande dépasse subitement la capacité de production nationale.

Pourquoi la production française n’a pas suffi ?

La réponse à cette question est structurelle autant que conjoncturelle. Premièrement, la montée en puissance de la consommation a été plus rapide que les investissements industriels. Construire une usine de granulation prend plusieurs années : obtention des autorisations, financement, construction, mise en service. La filière française, pourtant dynamique, n’a pas pu anticiper un doublement aussi soudain de la demande.

Deuxièmement, la France possède une spécificité forestière qui complexifie la production. L’utilisation des bois feuillus, majoritaires en France, pour la production de granulés va renforcer considérablement l’autonomie du pays mais cette transition technologique prend du temps. Les filières de granulation de résineux, dominantes en Europe du Nord, sont plus simples à mettre en œuvre que celles des feuillus, qui nécessitent des procédés adaptés.

Troisièmement, l’interdiction d’importation des bois russes entrée en vigueur en juillet 2022 a provoqué un effondrement des volumes en provenance d’Europe de l’Est. Les pays baltes, très dépendants des filières russo-biélorusses, ont vu leurs capacités d’export vers la France chuter, perturbant des circuits qui avaient été établis sur plusieurs années.

2025 : un rebond, une résilience et des défis persistants

La filière française a réagi avec une énergie remarquable. La crise énergétique consécutive au rebond d’activité post-Covid et à l’invasion de l’Ukraine a propulsé la France au deuxième rang des producteurs européens de granulés, tout juste derrière l’Allemagne.

Plusieurs nouvelles usines sont entrées en service récemment (Picardie Granulation, VPK Normandie, Lesbats, Destampes), représentant environ 300 000 tonnes de capacité supplémentaire. La nouvelle usine de Picardie Granulation, mise en service à l’automne 2025, apporte à elle seule 100 000 tonnes par an de granulés français supplémentaires sur le marché.

Résultat : après la forte baisse observée entre 2023 et début 2024, les prix du granulé de bois se sont stabilisés en France depuis le printemps 2024. Au quatrième trimestre 2025, le prix du sac est resté identique à celui de l’année précédente, tandis que le vrac atteint 370 € la tonne en moyenne, soit +4,1 % sur un an.

La France résiste également mieux que ses voisins. L’Allemagne et l’Autriche, où le marché est principalement en vrac, ont vu leur prix du granulé passer d’environ 300 € la tonne en décembre 2024 à près de 400 € en décembre 2025. Un écart de prix qui témoigne de la relative solidité du modèle français mais qui ne doit pas faire oublier que le déficit structurel entre production et consommation demeure.

La souveraineté énergétique par le bas : l’émergence des filières locales

Face à cette dépendance partielle aux importations, une réponse émerge dans les territoires : celle des acteurs qui construisent, unité par unité, une filière bois énergie ancrée dans leurs écosystèmes forestiers locaux.

C’est précisément là qu’intervient MiiMOSA, la plateforme de financement participatif dédiée à la transition agricole et alimentaire. En permettant aux citoyens d’investir directement dans des projets de bois énergie via des prêts rémunérés, MiiMOSA contribue concrètement à la souveraineté énergétique française, projet par projet, territoire par territoire.

Parmi les initiatives récemment financées sur la plateforme :

  • Des pellets de bois durables en zone rurale : En Provence-Alpes-Côte d’Azur, une unité de production de granulés à partir de bois de récupération, en Zone de Revitalisation Rurale. 100 000 € levés auprès de 198 prêteurs, à 7 % d’intérêts annuels. 960 foyers alimentés en énergie renouvelable. Un projet qui résume, à lui seul, ce que peut produire une chaîne courte de bois énergie.
  • Du bois énergie local et engagé pour les forêts françaises :  En Île-de-France, un acteur du bois énergie, bois bûche, engage sa forêt dans une démarche de gestion durable, à 6 % d’intérêts sur 60 mois. Une démonstration que même en région parisienne, l’énergie bois peut être produite localement.
  • Valoriser nos forêts, chauffer nos territoires : Un projet porté par GBS Le Bignon, à 6,5 % d’intérêts sur 60 mois, qui entend faire du granulé de bois un levier de développement rural ancré dans la valorisation du patrimoine forestier français.

Ces projets ne sont pas des cas isolés. De nouveaux projets bois énergie arrivent prochainement sur MiiMOSA, des initiatives qui une fois de plus, mêlent rentabilité pour les investisseurs et utilité pour les territoires.

Investir dans le bois énergie : une réponse citoyenne à un enjeu stratégique

La question de la dépendance aux importations de granulés de bois n’est pas qu’un sujet de politique industrielle. C’est aussi une opportunité pour les citoyens engagés. En investissant via MiiMOSA, il est possible de financer directement des projets de production d’énergie renouvelable locale et de percevoir jusqu’à 10 % d’intérêts annuels sur son épargne. Un double rendement : financier pour l’investisseur, énergétique pour le territoire. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de volatilité des prix de l’énergie, le développement d’énergies produites sur le territoire constitue un levier concret de souveraineté énergétique. Chaque unité de production de pellets financée localement, c’est autant d’importations évitées, autant d’emplois créés dans les bassins forestiers français, autant de forêts mieux entretenues.

La filière représente aujourd’hui plus de 20 000 emplois et elle a encore une marge de croissance considérable, à condition que les capitaux suivent les projets.

Ce que 2026 nous dit déjà sur le marché du pellet de bois

Le marché du granulé de bois en France entre dans une phase de maturité. La production nationale atteint environ 2,3 millions de tonnes et la consommation est estimée à près de 2,8 millions de tonnes, pour plus de 70 unités de production réparties sur le territoire. L’écart se resserre, mais il n’est pas encore comblé. Pour y parvenir, il faudra continuer à investir dans de nouvelles usines, dans l’approvisionnement en connexes de scieries, dans la structuration de filières feuillues et dans les acteurs de terrain qui portent, souvent avec peu de moyens, une vision de long terme pour les forêts françaises. C’est exactement ce que permettent des plateformes comme MiiMOSA : mobiliser une épargne citoyenne au service d’une transition énergétique qui ne peut pas n’être que l’affaire des grands industriels. Le granulé de bois restera probablement encore quelques années partiellement importé mais la trajectoire est tracée. Et ceux qui choisissent d’y contribuer aujourd’hui participent à quelque chose de plus grand qu’un simple placement.

FAQ complémentaire sur le marché du granulé de bois

Qu’est-ce que le granulé de bois ?

Le granulé de bois, aussi appelé pellet, est un combustible 100 % naturel fabriqué à partir de résidus de scieries (sciures et copeaux). Comprimés sous haute pression, ces petits cylindres constituent une source d’énergie renouvelable utilisée pour le chauffage domestique.

Pourquoi la France importe-t-elle des granulés de bois ?

Malgré une production nationale en forte croissance, la consommation française dépasse la capacité de production locale. En 2025, la France produit environ 2,2 à 2,3 millions de tonnes pour une consommation estimée entre 2,4 et 2,8 millions de tonnes. L’écart est comblé par des importations, notamment en provenance d’Europe du Nord et d’Amérique du Nord.

Le granulé de bois est-il une énergie renouvelable ?

Oui, à condition que les forêts utilisées soient gérées durablement. Le bois énergie est reconnu comme énergie renouvelable par la réglementation européenne, notamment dans le cadre de la directive RED.

Comment investir dans la filière bois énergie en France ?

Via des plateformes de financement participatif comme MiiMOSA, il est possible de prêter directement à des producteurs de granulés de bois ou à des acteurs du bois énergie local, avec des taux d’intérêt pouvant atteindre 10 % par an.